Pour sa contribution au rayonnement de la musique québécoise et son apport à la formation de la relève dans le domaine des spectacles, Robert Doré fut reçu membre à l'Ordre du Bleuet, le 6 juin 2026, à l'Auditorium Fernand-Bilodeau de Roberval.
Pour sa contribution au rayonnement de la musique québécoise et son apport à la formation de la relève dans le domaine des spectacles, Robert Doré fut reçu membre à l'Ordre du Bleuet, le 6 juin 2026, à l'Auditorium Fernand-Bilodeau de Roberval.
Crédit : Photo Kth photographie
Photo caméo: crédit Pigment B
Photo Kth photographie – Robert Doré et Linda Boivin, trésorière du conseil d'administration de l'Ordre du Bleuet
Le goût de la musique est souvent une affaire de famille. Un amour inconditionnel qui se transmet des parents aux enfants par le partage de moments complices et la création de souvenirs communs. Avant-dernier d’une fratrie de neuf, Robert Doré naît le 25 juin 1951 à Saint-Jérôme du Lac-Saint-Jean et reçoit ce cadeau en héritage. Adélard, son papa, est chauffeur de camion et aime jouer aux cartes de façon très sérieuse. Sa mère, Lucienne Guay, est une pianiste exceptionnelle ...
et s’occupe de la marmaille. L’une des sœurs du jeune garçon est organiste à l’église et professeur de piano classique, et la maison se remplit à toute occasion des rythmes et des voix de la parenté.
Robert entre dans la chorale de l’église dès l’âge de 6 ans. Au pensionnat, il développe une passion pour la trompette. Quand il quitte l’école, il déniche un emploi dans le parc de Chibougamau, et se produit avec ses grands frères dans les hôtels durant ses temps libres. Puis, représentant dans le secteur de l’automobile, il est trompettiste-chanteur d’un orchestre de danse qui roule sa bosse, les fins de semaine, dans les bars du Québec. Guy Desmeules de l’agence GD, voyant son potentiel, lui propose de devenir imprésario pour son entreprise, ce qu’il accepte volontiers. Premier agent de Mario Pelchat, il supervise plusieurs autres carrières, comme celles de France D’Amour, de Laurence Jalbert et de nombreux groupes musicaux, tout en organisant des évènements culturels et festivals de toutes sortes.
En 1995, les fils de Robert, Pierre, Sylvain et Frédéric, avec leurs voisines les sœurs Karine, Caroline et Marie-ÈveRiverin, décident de se créer un job d’été en imaginant une revue musicale sur la chanson québécoise. Rapidement, des collègues du Conservatoire de musique de Chicoutimi, et d’autres jeunes, s’ajoutent aux créateurs pour former Logistik 22. Un tout premier spectacle est présenté à la Salle François-Brassard : Starmania. Une folle aventure où les parents s’impliquent pour aider à la billetterie, aux costumes et décors, tout en s’assurant de faire manger tout le monde. Le reste de l’histoire, vous la connaissez.
Acclamé par le public dès sa première année, Québec Issime grandit à une vitesse grand V. Après des passages à la Saguenéenne et au Montagnais, la troupe doit rapidement se trouver un nouvel endroit pour accueillir les décors imposants, l’équipement technique, les chanteurs-musiciens-danseurs et des centaines de costumes. En 1999, Robert Doré réussit à convaincre son gérant de banque de mettre sa maison et ses avoirs en jeu pour rénover le théâtre Palace d’Arvida, à l’abandon depuis longtemps. Avec sa gang, ils veulent en refaire une salle de spectacle. Pari encore plus fou : présenter « De Céline Dion à la Bolduc » dès le 6 juillet de la même année. Nuit et jour, parents, amis, jeunes artistes et ouvriers s’attaquent au chantier. Le soir de la première, le miracle se produit. L’espace est magnifique et conforme aux normes de sécurité. Le public est enthousiaste à l’idée de redécouvrir le Palace, redevenu théâtre. Les membres de la troupe racontent avoir fait le show avec encore des taches de peinture sur les mains. Plusieurs années plus tard, après quelques contretemps, crises et mésaventures, Québec Issime devient finalement propriétaire de l’église Saint-Jacques, un complexe polyvalent servant de salle de spectacle, de répétition, de création et de bureaux qu’elle occupe présentement.
Depuis 30 ans, des dizaines d’artistes et de journalistes apportent leur appui à cette aventure hors du commun. De nombreux politiciens ont reconnu son importance en l’aidant financièrement, et les fondateurs et fondatrices sont toujours là. Leurs créations « Décembre » et « Party » jouent simultanément dans des villes différentes pour le temps des Fêtes, de même que « Cowboys » et « De Céline Dion à La Bolduc » en saison estivale. C’est donc deux équipes complètes qui sont à l’emploi de la compagnie. Un gros bateau piloté par une grande famille et leur progéniture !
Robert Doré est marié depuis 56 ans à Carmen Albert, la partenaire idéale à tous les niveaux. Avant d’être producteur à temps plein, le père de famille n’a jamais hésité à retourner vendre des boulons pour permettre aux siens de réaliser leurs rêves. Voir ses enfants performer sur scènes ou en coulisse, dans un seul et même projet, et ses quatre petits-enfants évoluer dans un milieu artistique stimulant lui fait vivre beaucoup de joie, d’émotions et de fierté.
Personnalité touristique de l’année en 2004, membre du Club des ambassadeurs d’Arvida depuis 2014, Robert Doré reçoit de nombreuses invitations prestigieuses aux défis logistiques importants. Comme de représenter le Québec au Salon mondial du tourisme à Paris, au Sommet économique mondial de Davos, ainsi qu’à la Fête de la musique sur la Grande Place à Bruxelles devant 25 000 personnes. Satisfait du chemin accompli depuis 1995, le producteur a su transformer les obstacles en tremplins, lâcher prise sur ce qui était incontrôlable, solliciter du soutien et maintenir une perspective positive. Par exemple lors de la pandémie en 2020, en donnant accès à « Décembre » en ligne. Ou en 2023, quand après 15 ans La Place des arts de Montréal décide de ne pas renouveler l’entente de diffusion. Le batailleur se démène une fois de plus et réussit à le programmer à la Salle Pierre-Mercure. C’est sans compter les aléas dus à la recherche incessante de financement.
Soucieux de préparer la relève, ce passionné de culture québécoise continue de travailler activement avec la même ferveur. Nombre de talents, qui ont fait leur classe avec la compagnie, font maintenant carrière et sont toujours fiers de dire qu’ils ont été formés à l’école « Québec Issime ». Et pour Robert Doré, c’est le plus beau des compliments.
Texte de Christine Martel